Ce que le loup a vu (3)

Léo décida qu’il en avait assez entendu. Les papiers éparpillés et le plan cadastral annoté de cercles rouges désignaient une direction claire : les hauteurs, vers ces terres que plus personne ne foulait.


Chapitre 4 : La draille oubliée

Léo laissa son pick-up au mas et entama l’ascension à pied accompagné de Pumba son ami de toujours. Il connaissait chaque muret écroulé de ce secteur, chaque pierre déplacée par le gel ou par le passage d’une bête. Le silence des Cévennes l’enveloppait, seulement troublé par le craquement des feuilles de châtaigniers sous ses bottes.

En arrivant sur le plateau, la lumière du matin frappait les crêtes de Saint-Roman-de-Codières, révélant la morsure du froid sur la végétation. Il bifurqua vers l’ancienne draille, ce chemin pierreux que les troupeaux délaissaient depuis des décennies.

Les observations de Léo sur place
À l’endroit exact correspondant aux cercles rouges du plan, la terre avait été récemment retournée.
Il ne trouva ni la pelle, ni la pioche disparue du mas, confirmant que Julien — ou quelqu’un d’autre — les avait utilisées ici même.
Près d’un châtaignier centenaire, une zone de terre fraîchement tassée dénotait avec le reste du sol couvert de mousse.
Léo s’agenouilla. Il ne cherchait pas des odeurs, mais des faits. En grattant la surface de la terre meuble, ses doigts heurtèrent quelque chose de rigide. Il dégagea doucement une lanière de cuir sombre, arrachée, qui semblait appartenir à un sac de transport robuste.

Une menace invisible
Soudain, Pumba, resté en retrait près du chemin, laissa échapper un grognement sourd, les poils de l’échine dressés. Léo se figea. Il n’entendait rien, mais il sentait cette tension, ce « fil tendu » dont il avait eu l’intuition en arrivant au village.

Il se souvint des paroles de Pierre : « Je l’ai entendu la nuit dernière ». Mais Léo, scrutant les fourrés, ne cherchait pas une ombre de loup. Il cherchait le reflet d’un canon ou le mouvement d’une silhouette humaine.
— « Julien ? » appela-t-il d’une voix forte qui ricocha contre les parois rocheuses.
Pas de réponse. Juste le vent froid qui descendait de l’Aigoual.
Léo n’avait pas d’outils, mais la terre était encore meuble, signe d’un travail récent.

La découverte sous le châtaignier
Il continua de creuser avec ses mains, écartant l’humus et la terre sombre. Ses doigts rencontrèrent rapidement la texture rugueuse d’une toile épaisse.
Il dégagea un sac de sport en toile de bâche, celui-là même qui avait laissé une « odeur métallique » dans l’air de la nuit.
En ouvrant la fermeture éclair grippée par la terre, Léo ne trouva pas d’or ou de trésor ancien, mais des vêtements civils ensanglantés et une liasse de billets de banque maintenue par un élastique, le tout maculé d’une substance visqueuse.
Léo sentit un froid plus vif que le vent de l’Aigoual lui parcourir l’échine. Ce n’était pas le butin d’un éleveur, mais les preuves d’un acte bien plus sombre.


La piste du ravin

Il ne savait pas ce qui s’était passé cette nuit, mais la direction de la fuite était évidente : des pierres avaient été déplacées sur la draille, et quelques branches de houx étaient cassées, pointant vers le bas de la pente.
Après avoir sommairement recouvert le sac pour ne pas attirer l’attention d’un éventuel observateur, Léo se redressa, la respiration courte. Il se concentra sur les pierres de la draille où quelqu’un semblait avoir trébuché en s’éloignant.
Il repéra des éraflures sur le lichen des roches, traces d’un passage précipité et désordonné.
La piste ne redescendait pas vers Monoblet. Elle s’enfonçait vers le « Ravin de la Source », un endroit encaissé où le soleil ne pénétrait jamais vraiment.
Sur une branche basse d’un houx, une goutte de sang n’avait pas encore totalement séché, protégée du gel par l’épaisseur du feuillage.
Léo siffla doucement son chien. L’animal, d’habitude si calme, refusait d’approcher du bord du ravin, les oreilles basses.
Léo s’avança jusqu’au surplomb. En contrebas, au milieu des ronces et des blocs de calcaire, il aperçut une forme sombre, immobile. Ce n’était pas la silhouette d’un prédateur, mais celle d’un homme gisant face contre terre.

A suivre

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